Des docteurs en sciences humaines et sociales dans le secteur privé

À priori, les entreprises privées ne font pas partie des débouchés envisagés spontanément par les doctorants en sciences humaines. Pourtant, des possibilités existent. J’en ai fait l’expérience. J’ai soutenu une thèse en histoire de l’art en 2007, en enseignant parallèlement : vacation, monitorat, ATER. Puis, butant sur les obstacles liés à la précarité du secteur public (limites d’âge, contrats non renouvelables, etc.), je me suis tourné vers les écoles supérieures privées – un peu au hasard, à vrai dire. J’ai intégré l’une d’entre elles, une école de commerce, avec en charge quelques matières « littéraires » : expression écrite et orale, culture générale. À la fin de l’année, un poste se libérant, je suis devenu responsable pédagogique ; en gros, je gère cinq promotions au quotidien.

Il est clair que la qualité de mes recherches, quelle qu’elle soit, n’a joué aucun rôle. Mes employeurs ont été intéressés d’abord par mon expérience de l’enseignement, puis par mon diplôme de 3e cycle : les organismes d’accréditation, nationaux comme internationaux, sont particulièrement attentifs au niveau de formation initiale des intervenants. Que je sois docteur a ainsi joué en ma faveur… même si personne ne m’a jamais demandé quel était le sujet de ma thèse : mes compétences priment sur mon expertise.

La thèse permet d’acquérir de précieuses aptitudes. Oubliez la traditionnelle antienne, maintes fois entendue : « vous pouvez mener seul un travail d’envergure sur plusieurs années » – on vous demandera surtout de travailler en équipe et d’être efficace sur le court terme ! Les qualités d’un docteur en sciences humaines sont ailleurs : persévérance certes, mais aussi curiosité, ouverture au monde et aux autres. Pour certains postes, les entreprises recherchent moins un spécialiste pointu qu’une personne intellectuellement mobile et souple, capable d’évoluer dans des environnements très différents. Elles sont prêtes à prendre ensuite elles-mêmes en charge la formation du candidat, si nécessaire.

La partie n’est pas facile. Il faut cerner le secteur dans lequel vous êtes prêt à vous investir (ressources humaines, communication… ou pédagogie) et se forger une première expérience avant la soutenance : stage, CDD, etc. Il faut ensuite passer outre les préjugés liés à la thèse, nombreux dans la tête des recruteurs, et ceux associés au secteur privé, nombreux dans la tête des doctorants. En vous tournant vers l’entreprise, vous jugez – à raison – pouvoir lui apporter quelque chose. Cela sous-entend donc que vous avez une idée suffisamment précise de ses besoins – et des qualités de votre formation universitaire !

POUR CITER CET ARTICLE :

Julien Louis. (01/05/2014). « Des docteurs en sciences humaines et sociales dans le secteur privé ». Le Guide du Doctorat en SHS. Strasbourg : Doxtra. Consulté le 21/05/2018 : http://guide.doxtra.org/temoignages/des-docteurs-en-sciences-humaines-et-sociales-dans-le-secteur-prive/

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