Le crowdfunding. Histoire d’un projet de financement de thèse original

Olga Turcan, étudiante en 6e année de doctorat en Sciences du langage à l’Université de Strasbourg, écrit une thèse sur le sujet de la langue française en Moldavie, son pays d’origine. Dans son domaine, il n’y a que peu de bourses d’études et Olga a dû, comme de nombreux autres étudiants-es, se débrouiller en alternant des jobs pour gagner sa vie et ses recherches dans le cadre de sa thèse.

Début 2013, elle me fait part de ses craintes de ne plus avoir le temps de finir sa thèse si elle continue à travailler par intermittence et ses ressources ne suffiront pas si elle arrête ses petits jobs. J’y réfléchis et me rappelle d’un mouvement qui prend de l’ampleur sur internet, le crowdfunding ou financement participatif.

De quoi s’agit-il ? Depuis quelques années, des sites permettent à des gens de se faire financer leurs projets par le public. Cela a commencé par les films indépendants, les chanteurs, les créateurs de jeux, pour s’étendre ensuite à de nombreux autres domaines.

Comment cela fonctionne-t-il ? Un site vous met à disposition une page web où vous pouvez parler de votre projet, y mettre une vidéo de présentation, fixer un montant que vous voulez atteindre, une durée et des outils pour partager le projet sur les réseaux sociaux. Le site vous donne ainsi une plateforme de communication, de paiement et c’est à vous de faire le contenu et la publicité de votre projet. Ainsi, en commençant par vos proches, amis, famille, connaissances et en essayant de faire connaître votre projet ailleurs, tous ceux et toutes celles qui veulent vous aider peuvent contribuer financièrement à atteindre la somme que vous avez fixée. Vous pouvez la dépasser, mais si vous ne l’atteignez pas, vous aurez plus de frais pour la plateforme de crowdfunding – par exemple, 9% au lieu de 4% si vous atteignez votre but (sur Indiegogo). C’est une incitation à l’atteindre et à ne pas fixer n’importe quelle somme. Il faut bien réfléchir au montant dont on a besoin. Pour certaines plateformes, c’est même du tout ou rien ; si vous n’atteignez pas votre somme fixée, vous n’obtenez rien. Cela dépend évidemment du type de projet. Un film par exemple ne peut pas forcément se faire avec le tiers du budget prévu.

En général, les personnes proches contribuent pour 30% et si vous arrivez à bien communiquer sur votre projet, et qu’il est bien monté, d’autres personnes intéressées ou touchées par votre initiative contribueront pour le reste.

Des contreparties sont là pour inciter les donateurs. Elles peuvent consister en une prévente du produit dans le cas du financement d’une vidéo, d’un CD de musique, d’un jeu vidéo ou de la production d’un objet. Mais pour des projets moins « matériels », il peut s’agir de contreparties plus « personnelles » : une vidéo ou une carte de remerciement, une leçon de musique ou une carte personnalisée faite par le créateur du projet, etc.

Le bouche à oreille et les réseaux sociaux peuvent beaucoup jouer, mais si vous arrivez également à convaincre les médias traditionnels de communiquer autour de votre projet, le résultat sera encore meilleur.

Pour finir, je ne dirais pas que c’est quelque chose de facilement réplicable à l’identique, cela ne peut sûrement pas devenir une solution idoine pour toutes et tous, ni se substituer aux financements des universités. Un tel projet implique beaucoup de temps de préparation, des savoir-faire variés et beaucoup de chance.

Regardez ce qui se fait en France ou ailleurs, de nombreuses personnes tentent leur chance et si c’est votre dernière solution, pourquoi pas ?

Quelques conseils :

  • Se documenter en lisant les conseils (des FAQs) sur les sites de Crowdfunding (Ulule, KissKissBankBank, Indiegogo, Kickstarter), étudier/regarder d’autres projets ;
  • Ne pas hésiter à s’entourer d’une équipe pour préparer le projet, réfléchir à plusieurs sur le titre, les textes, la vidéo, utiliser les compétences/matériels de ses proches ;
  • Bien préparer le projet  (nous avons mis deux mois pour la préparation) : brainstorming à plusieurs, tournage et montage vidéo, rédaction des textes, etc ;
  • Bien choisir sa plateforme de crowdfunding, suivant les options qu’elle propose, les moyens de paiement et le type de financement, flexible ou fixe :
    flexible : vous pouvez toucher l’argent même sans atteindre le but fixé, mais avec plus de frais
    fixe : vous ne touchez l’argent que si vous atteignez le montant que vous aviez fixé ;
  • Etre transparent et prêt à se dévoiler, un site/blog en plus de la page de projet pour détailler sa personne et son projet donnent de la crédibilité ;
  • Ne pas hésiter à demander à ses proches de contribuer (notre cercle proche a contribué pour 30%, ce qui correspond aux statistiques données par les sites de crowdfunding) ;
  • Bien évaluer les besoins (la somme demandée) en disant dans son projet comment sera utilisé l’argent (sachant que cette somme peut être dépassée). Il faut prendre en compte dans votre budget vos différentes dépenses pour le projet, les frais de plateforme, les frais des contreparties, etc ;
  • Avoir une idée du temps de la campagne : nous avions lu que 30-40 jours était l’idéal, sachant qu’il faut s’investir pour répondre au gens, remercier tout le monde, s’occuper des contreparties, etc ;
  • Pour attirer l’attention des éventuels contributeurs, il faut se faire connaître et pour cela, les médias sont indispensables (ce n’est pas facile de faire parler de son projet). Si vous avez des amis ou des amis d’amis qui connaissent des journalistes, c’est sûrement ce qu’il y a de mieux pour commencer à faire parler de soi ;
  • Il faut être optimiste et se donner, mais ne pas oublier que l’on peut échouer, au moins la moitié des projets ne sont pas financés ;
    pour les contreparties, il faut que ce soit assez personnel, mais que ça ne vous revienne pas trop cher à faire et à envoyer ; prenez exemple sur notre projet et sur d’autres du même type. Ensuite tout dépend de vos compétences ou de celle de vos amis (ça peut être des biscuits faits maison, une calligraphie personnalisée et dédicacée) ;
  • Il faut montrer que le projet vous tient à cœur, que tous vos contributeurs en feront en quelque sorte partie et si vous y mettez du cœur, de l’énergie et de la préparation, les gens accrocheront.
POUR CITER CET ARTICLE :

Dominique Verreman. (01/05/2014). « Le crowdfunding. Histoire d’un projet de financement de thèse original ». Le Guide du Doctorat en SHS. Strasbourg : Doxtra. Consulté le 22/09/2018 : http://guide.doxtra.org/temoignages/le-crowdfunding-histoire-dun-projet-de-financement-de-these-original/

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